A PROPOS DE L’ORTHOGRAPHE

A PROPOS DE L’ORTHOGRAPHE

Dans la Gloire de mon père, Marcel Pagnol nous raconte l’histoire de son grand-père qui dit que les maçons noient les pierres dans du ciment, parce qu’il ne savent pas les tailler. Depuis on a même cessé de faire des murs en pierre parce que le béton est plus facile à employer. Il en va de même de toutes choses. Si on refuse l’effort que demande tout apprentissage, on sombre dans l’inculture, l’illettrisme. Et c’est ce qu’on veut nous faire avaler avec la prétendue simplification de l’orthographe. Désormais on écrira ognon sans i par ce que le i de oignon ne se prononce pas, nénufar avec un f  parce que c’est plus simple qu’avec ph, etc., etc. Il faut à tout prix, n’importe quel prix, simplifier, voire rendre simpliste. La calculette a rendu obsolète l’apprentissage des quatre opérations et des tables qu’il fallait savoir pour les mener à bien, l’usage intempestif du S. M. S. va permettre  de massacrer plus encore notre langue.
On va supprimer l’accent circonflexe qui permettait de faire référence à nos racines latines, l’accent sur fenêtre rappelant l’ancien français fenestre, avec ce s qu’on retrouve dans défenestrer.  La même chose pour hospice et hôpital et des dizaines d’autres. Si on commence ainsi, pourquoi s’arrêterait-on en si bon chemin ? Pourquoi écrire magasin avec un s et magazine avec un z ? Si on veut supprimer tout ce qu’il y a de latin dans notre langue, faisons de même avec le grec et supprimons tous les h précédés de c lorsqu’on prononce que, comme dans chronomètre. Ce sera plus facile. Il me faut insister sur ce mot. Ce n’est pas la simplicité que l’on recherche, c’est la facilité. On recule devant la difficulté et, faisant cela, on n’arme pas nos enfants pour le futur. La vie se charge bien d’en apporter des difficultés, autrement plus graves, et si nous n’avons pas été formés pour y faire face, nous y succombons d’autant mieux.
Puisqu’on veut tant simplifier, on peut s’attaquer aussi à la grammaire, on l’a déjà fait suffisamment avec l’introduction de la grammaire fonctionnelle qui aboutissait à une sorte de charabia intellectuel fait pour les grands pontes de nos inspections académiques et rectorats du même acabit. Pourquoi ne mettrait-on pas un s aux noms en z et en x , à gaz par exemple ou à faix quand il désigne un fardeau. évidemment, cela va entraîner des confusions entre les homophones. On ne distinguera plus parait ( du verbe parer à l’imparfait ) de paraît ( présent du verbe paraître ). Pourquoi continuerait-on à écrire les noms en e a u avec ce e qui ne sert plus à rien ? Et les noms en ou qui prennent un x au pluriel, alors ? On ne pourra pas se fixer des limites. L’orthographe, qui a mis si longtemps à se stabiliser va de nouveau sombrer dans le n’importe quoi. Lorsque j’étais à l’école normale, on nous montrait la copie d’une lettre de D’Artagnan qui comportait toute une kyrielle de fautes. Cela nous convainquait d’enseigner correctement l’orthographe à nos élèves. C’est dans le souci de se comprendre et de se faire comprendre qu’on a normalisé l’orthographe. Quel plaisir aussi, lorsqu’on vainc les difficultés ! Lorsqu’on voit son nombre de fautes diminuer. L’orthographe des sons s’acquiert dès le cours préparatoire mais elle se confirme au cours élémentaire. Si ce travail est bien fait, il est mené à bien pour quatre-vingts pour cent des élèves. Pour les autres, il faut y revenir et quoi qu’on fasse, l’apprentissage d’une langue écrite restera un labeur nécessaire mais ô combien gratifiant.
Ce qui fait la grande richesse de notre langue, c’est la diversité des sons. Les o ouverts les o fermés ; de même pour les différentes voyelles. Leur orthographe permet de distinguer tout cela. La graphie des mots apporte aussi une certaine beauté. Victor Hugo regrettait que le mot trône ne s’écrivît pas avec un h après le t  car le h en typographie ressemble bel et bien à un siège avec dossier. Dans le Bourgeois Gentilhomme, Molière s’est moqué de M. Jourdain et du maître de philosophie, mais ce n’est pas la langue qu’il dénigrait, c’était l’usage qu’en faisaient certains pédants.
Notre langue a su par le passé acquérir des mots venus d’un peu partout de par le monde. Elle a su les franciser, les intégrer dans notre vocabulaire. Le fameux nénuphar nous est peut-être venu du grec nymphæa,  le fameux phi grec ; il serait passé par l’arabe ninufar. (avec un f ) Les botanistes l’écrivent déjà avec un f. Ambroise Paré, lui, parle de huile de nénuphar, avec ph. Avant de venir à nous il est passé par le latin médiéval qui en a fait notre nénuphar actuel. Pour ce cas-là, et d’autres, on n’a qu’à admettre, à la rigueur, les deux orthographes.
Aujourd’hui on importe de l’anglo-américain à tout-va. Au lieu de nous les approprier, on se tord la gueule pour essayer de les prononcer. C’est le cas avec challenge que les anglais nous ont emprunté avant de nous le rendre à leur sauce difficile à prononcer. Mais alors, puisqu’on veut tant simplifier pourquoi ne pas écrire cool, c o u l, pourquoi ne pas écrire booster, qui remplace si mal notre verbe stimuler qui, lui, fait référence au stimulus, b o u ce qui sera plus facile à retenir ?
La seule justification à tout cela, c’est que de hauts fonctionnaires, au ministère de notre éducation nationale qui devra bientôt mettre devant elle, le ré du renouvellement pour devenir la rééducation, sont fort bien payés pour se creuser un peu les méninges et qu’ils ne veulent pas donner l’impression qu’ils touchent des émoluments non mérités. Les pauvres !
J’espère que l’Académie Française qui a été créée par Richelieu pour défendre notre langue ( Joachin du Bellay l’avait fait bien avant avec son ouvrage intitulé : Défense et illustration de la langue française ) réagira à cette aberration. La langue ne se décrète pas, c’est l’usage qui la confirme, qui l’assoit dans la conscience du peuple. C’est son apprentissage qui constitue le premier devoir de l’école parce que c’est elle, la langue, qui fait en premier l’unité de la nation. On se reconnaît Français ( avec un F majuscule ) parce qu’on parle le français ( avec un f minuscule)
Il y avait naguère un slogan qui circulait abondamment : Touche pas à mon pote ! J’ai grande envie de m’en inspirer et de dire, sans omettre la double négation, bien sûr : Ne touchez pas à notre langue ! N’interdisons pas à nos concitoyens de posséder des connaissances parce que nous ne voulons pas faire l’effort de les acquérir.

ASINUS ASINUM FRICAT

Dans un village, il y avait un cancre
Qui ne voulait pas se casser le bol ;
Il maudissait les inventeurs de l’encre,
Avec la plume il prenait son envol
Pour les jardins de la paresse
Où l’illettrisme fait son nid ;

Le français, son pire ennemi,
Volontiers à l’autre il le laisse.
Il ne faut pas le mettre en colle
Ni le noter et le maître d’école,
Cela n’est pas banal
Est forcé de lui faire un régime spécial.
Bientôt cela ne suffit plus,
Monsieur se sent exclu,
Il ne faut pas non plus noter les autres.
Et ses parents, de bons apôtres
Viennent trouver le pauvre directeur.
« L’orthographe aujourd’hui n’est plus guère à la mode,
Lui disent-ils, et votre instituteur,
Il faudrait bien qu’il l’accommode
Au savoir des enfants.»

On manda les gros éléphants,
Les grands pontes du ministère,
On réforma l’écriture des mots
Mais pas la tête du marmot :
Il s’empêtra dans la grammaire.
Aux fainéants ne cherchez pas à plaire,
Ils veulent mettre tous les gens à leur niveau
Qui n’est jamais loin du zéro.
Louis Delorme

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